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Livre d'Or (Extrait Choisi)

Chaque année le cycle revient, chaque année de pauvres hères insouciants viennent se faire occire sous ce toit. Ils disparaissent sans laisser de traces, sans éveiller le moindre soupçon. Les forces de police de Nola sont forcément complices, ne leur faites pas confiance! Ne soyez pas les prochains! Quand vos proches viendront poser des questions, Ils diront que c'est la ville qui vous a envoutés puis engloutis. Facile pour eux de blâmer une cité qui n'a ni dents ni ongles. Les choses inanimées ne peuvent pas plus protester contre une fausse accusation qu’elles ne peuvent nourrir de noirs desseins. Ce sont les êtres qui tuent...

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Killer Bear, Chapitre I

L’imperméable n’était plus de saison, la chaleur étouffante transformait tout trajet à bicyclette en calvaire déliquescent, et pour couronner le tout, les touristes Ontariens migraient en masse vers la fraîcheur des lacs de la Gatineau. Non, décidément, Marc-André Tessier n’aimait pas l’été, il l’abhorrait, l’exécrait, le maudissait. Lui, le fils de l’Outaouais, chérissait la beauté flamboyante de l’automne multicolore, le calme feutré de l’hiver enneigé. Même la fraîcheur humide du printemps boueux, dans tout ce qu’elle avait de dégoulinant et d’éclaboussant lui semblait mille fois préférable à cette débauche de moiteur, à cette orgie de verdure grasse et d’insectes envahissants. Au volant de sa fidèle Suzuki, refuge climatisé et rempart contre les bestioles, il avait bifurqué sur le chemin du lac Brown, peu avant Wakefield et son célèbre moulin pour s’enfoncer dans le dédale d’arbres du Parc de la Gatineau. Tant qu’il le put, l’inspecteur resta aux commandes de son véhicule. Il s’y s...

Cadavres Exquis - Chapitre 1

L'automne gatinois explosait en rafales, tel un feu d'artifice permanent, peignant   d'éclaboussures chatoyantes les êtres et les choses, embaumant les rues de cannelle et de citrouille. C'était le temps des pommes, des courges et des premiers frimas, une ode sublime à l'été qui finissait et un prélude inquiétant à l'hiver qui s'annonçait. Insensible à cette débauche de couleurs et d'odeurs qu'il voyait revenir chaque année depuis sa plus tendre enfance, l'inspecteur Marc-André Tessier pédalait nonchalamment vers la bière qui l'attendait au frais, encore mêlée à ses sœurs de broue, dans l'obscurité assommante d'une cuve d'acier inoxydable. La distance incongrue qui le séparait encore de son breuvage finit enfin par s’amenuiser: il réalisa un arrêt acrobatique assis en amazone sur sa selle puis stationna sa bicyclette à l'entrée des Brasseurs du Temps. Aussitôt la porte poussée, il fut assailli par le mélange caractéristique de...

Le Caprice de Timothée Laforteresse (Extrait Choisi)

Il essuya ses yeux, touché par la candeur et l'attention spontanée que lui témoignait l'enfant. Ce faisant, il remarqua qu'elle observait ses mains couvertes de peinture et de larmes. Il les leva à la hauteur de son visage pour qu'elle puisse les examiner à loisir. - Vous aimez la peinture, Tim? - C'est mon métier, ma passion mais aussi et surtout, la cause de mon désarroi. - Vraiment? Lui demanda Lucie curieuse. Et que peignez-vous? Des portraits? Des paysages? - Non, des caprices.  Confronté à la moue dubitative de la petite, le peintre élabora. Un caprice, expliqua-t-il, était un savant mélange de réalité et de fiction, un tableau utilisant comme toile de fond un décor le plus souvent citadin et emblématique auquel se mêlaient des éléments oniriques issus de l’imagination de l’artiste. L’italien Canaletto avait été l'un des maîtres incontestés de la discipline avec Venise comme cadre de prédilection. Quant à Timothée, c’était des endroits connus ...