Bonjour à vous qui entrez ici,

Installez vous confortablement et ouvrez grand les yeux. Il y a plusieurs choses en ces lieux que ma curiosité souhaite montrer à la vôtre. Commencez donc par cette nouvelle de science-fiction fraîchement pondue et garnie de créatures bizarroïdes. Maintenant laissez la nouvelle (vous pourrez en reprendre plus tard si elle vous a plu) et essayez donc le premier chapitre de mon nouveau roman. Si vous goûtez et surtout si vous aimez, n'hésitez pas à en redemander...

samedi 9 mai 2009

Melanie White - Chapter 2

Over the next five days, I listened carefully, eating little, sleeping even less, slowly recovering from my close encounter with death. In Scipion stories, I was rediscovering a reality that had only been carried to my ears by distorted rumors and shameless lies.

Tact was never one of Scipion's qualities. In less than five minutes, the word was out: I, like him, was a demon and there was nothing I could do about that. From the dawn of history, we had been hunted down by humans, not because we were evil in nature, not because we feasted on their flesh and blood but because we were different. As I learned that day, demons were only genetic variants of the human family and most of the negative behaviors associated to our kind were only legend.

"You see, Scipion explained, for a certain time all who did not present the characteristic traits of the hegemonic caucasian breed were classified as demonic. Until recently, african and asian people were considered as malevolent beings only their differences to the master breed was too tenuous for the segreggation to last. The most crying example was that of the Neanderthals. Although they had bred the Sapiens and protected them in their earliest and most fragile moments, although for a certain time the two species interbred and lived side by side, there was a time when their difference became too obvious to satisfy the acrimonious eye of the newcomers. Neanderthals were simply exterminated. Evidently, this abject paricide was surgically removed from the collective mind of the Sapiens. You know how good they are at forgetting their own mistakes, do you?
- I have a notion of that, indeed.
- Well, even with the proof of their forfeit being brought up by modern science they still try to cover it up, their churches marching in the front trow.
- Why are you so mad at them, I mean the clergy?
- They have created, maintained and nurtured this fantasy that everything that didn't look like them was to be rejected. According to their belief system, humans are supposed to be the chosen ones, created to rule the earth. The mere existence of equally or sometimes more intelligent kinds negates this dogma, renders it obsolete. So they decided to anchor their argument in the most subjective and most primitive human behavior.
- Faith?
- Fear!
- Fear?
- When you think about it, there is no more powerful motivator. If you dare to not think like me, you'll burn for eternity in an inferno of flames. How compassionate and tolerant that is? And this is the same fear they used to make us all demons outcasts. Did you know that the original ancient word for demon didn't have that negative meaning it has today. For the greek philosophers, everyone had a demon, and it was either good or bad. Only the religions and especially those of the book didn't see it that way so they made sure that a straight line was drawn between us and the rest of the world. Now, if you listen to them, we are all bad and they are all good and when a Sapiens misbehaves, he has certainly been influenced by a demon. We have become an excuse for every wrong deed they accomplish - this alone drives me nuts - but in reality there are no more bad demons than there are bad Sapiens.
- So what does really make the difference between us and them.
- Genetics. We are all variants of the same human species. In most cases, we can interbreed and our progeny will be fertile. We're just like dogs you see, except that Retrievers won't blame all other breeds for not being as fluffy and energetic as they are. Sapiens are a whole other story.

There was a moment of silence as Melanie and Scipion both considered that last statement. It was the young girl who finally broke their meditation.

- How come you know so much about all this?
- Well, one truth about demons that have made humans jealous for a long time is that our life expectancy exceeds theirs by far. I've been around for a while now and I guess it qualifies me to be slightly more knowledgeable than the average.
- May I ask you how old you are?
- You may, but it doesn't mean that I'll answer.

vendredi 24 avril 2009

Killer Party - Chapitre 1

Quatre heures du matin, Boulevard Labrosse.

La sonnerie du téléphone posé sur sa table de chevet tira l'Inspecteur Tessier d'un sommeil sans rêves. A ses côtés, sa conquête du moment, une jeune danseuse de flamenco répondant au doux nom de Genny, s'étira brièvement, roula sur le côté puis se rendormit paisiblement. Il l'envia inconsciemment pour sa carrière faite de glamour et de pailettes qui s'arrêtait toujours à l'extinction des projecteurs. Personne n'appelait Genny à des heures indues pour qu'elle vienne livrer une représentation impromptue alors que, pour lui, les coups de fils nocturnes étaient devenus monnaie courante.

Cette fois ci, c'était le Commissaire Gazou qui l'arrachait aux bras de morphée et à ceux de sa belle danseuse.

"Tessier?
- Ouais, c'est moi, rétorqua l'inspecteur, la voix empâtée de sommeil.
- J'ai besoin de vous dans dix minutes au coin des rue Eddy et Frontenac. Le restaurant Chez Barbe, vous connaissez?
- Ouais, je vois où c'est. J'arrive.

Il raccrocha au nez et à la barbe du commissaire mettant fin d'un index autoritaire au flot d'éructations traditionnelles l'enjoignant à se presser, le menaçant de représailles si, comme à son habitude, il mettait plus de temps que necéssaire en termes Gazouilliens pour faire son apparition à l'endroit indiqué.

Marc-André Tessier n'aimait pas conduire. A vrai dire, il avait une sainte horreur de tous types de véhicules motorisés et n'y recourait d'ordinaire qu'en cas d'extrême urgence. Aussi enfourcha-t-il son vélo avant de s'enfoncer dans la nuit humide de Gatineau, son casque vissé à la tête, la tête rentrée entre ses deux épaules et les revers de son long imperméable gris battant au vent.

Lorsqu'il arriva sur les lieux du crime - il devait au moins s'agir d'un homicide pour que le gros Gazou l'appelle ainsi au beau milieu de la nuit - la rue était déserte. Le restaurant brillait de tous ses feux et grouillait de policiers, contrastant étrangement avec le reste du voisinage endormi et éteint. Debout sur le seuil, au bas des trois marches du péron le commissaire Gazou machouillait l'un de ses éternels bâtons de réglisse. Cette habitude dégoutante, il l'avait prise quand il avait arrêté de fumer quelques années auparavant. L'inspecteur Tessier douta que les copeaux de bois ingurgités en quantité par son supérieur ventripotent ne soient meilleurs pour sa santé que les barreaux de chaise cubains auxquels ils avaient succédé. En toute honnêteté, se dit le détective, il se pouvait fort bien que le remède soit pire que le mal.

L'accueil fut moins que cordial.

" Vous ne pouvez pas arriver en voiture comme tout le monde Tessier. Il faut toujours que vous vous fassiez remarquer, n'est-ce pas?
- Je me suis dit que l'air frais des petites heures du matin m'aiderait à me réveiller.
- Ne faîtes pas le malin avec moi Tessier, l'avertit Gazou.
- Que me vaut donc l'honneur de ce début de journée prématuré?
- Je vous préviens, ce n'est pas beau à voir."

Gazou lui fit signe de le suivre et l'inspecteur emboîta le pas au commissaire pour pénétrer sur la scène du crime. Au beau milieu d'une mare de sang coagulé gisaient les corps démembrés de deux hommes, l'un mince comme un fil, l'autre plutôt bien portant. Quiconque était l'auteur de ce carnage abominable s'était amusé à interchanger les morceaux des deux victimes en un patchwork macabre. En dehors du fait qu'ils aient été ainsi réarrangés de manière ridicule, les deux hommes semblaient avoir subi de multiples blessures en différents endroits. Sur chaque corps Marc-André dénombra au moins dix traces de brûlures électriques, chimiques ou thermiques, plusieurs impacts de balles, des coupures et plaies faites à l'arme blanche et autant d'échymoses. Difficile de dire dans ce capharnaüm de souffrance quel avait été le coup fatal.

"Eh bah, je souhaite bonne chance au légiste pour déterminer la cause du décès, remarqua-t-il à voix haute.
- Comment peut-on se livrer à un pareil massacre, renchérit Gazou, le bâton de réglisse toujours coincé au coin des lèvres. Celui qui a fait ça est un véritable animal. Qu'en pensez-vous Tessier?

La mécanique cérébrale du fin limier n'avait pas attendu la question du commissaire pour s'emballer. Déjà, les rouages bien huilés avaient livré leurs premières déductions et un ébauche de scénario avait commencer à germer sur le terreau fertile de son imagination.

- J'en pense qu'il est l'heure du petit déjeuner, répondit l'inspecteur tandis que son estomac émettait un grondement approbateur.
- Que vous puissiez-penser à bouffer dans un moment pareil, ça me scie.
- Faîtes attention à ne pas perdre un morceau comme l'un de ces deux là, rajouta Tessier sur le ton de la plaisanterie, avant de sortir par la porte enrubanée de cordons de police.

Dehors, le jour naissait et un meurtrier en liberté courait les rues.

jeudi 26 février 2009

Melanie White - Chapter I

Please, bear with me.

The story I am about to tell you is not an easy one. Very little joy and innocence for the taking there, lots of darkness and ignorance. And if you really mean to ask, the worst part is not about the events: it's about the people who are involved. I should know that since this story is the story of my very life.

My name is Melanie White, a name whose irony has taunted me throughout a long but fortunately now ending existence. Little people really know what Melanie means - in the ethymological sense, I reckon. Tough luck for me, my parents were part of that ignorant bunch and I ended up with the most antithetic combination of first and last names that ever was. Looking back now, it turns out that there could not have been a more perfect fit to describe the living paradox that I was and still am today. Not for long, thank Evil.

I was about to turn fourteen when my unusual nature started to manifest itself. I was reaching that age where most of my peers were inconvenienced by acnea and other minor physical disruptions triggered by a more complex, deeper metamorphosis. For some time, the change in me wasn't as obvious as it was for others. I remember that special guy, Robert Onyk was his name except everybody called him Bob Zits. Poor Bob also had the bad fortune to have terrible breath which made his life even more miserable.

You know how children can be cruel: I'm ashamed to say that I was no exception to that rule. Had I known what was about to happen to me, had I even had the slightest hint of the upcoming and overwhelming events I was about to live and barely survive, never would I have cautioned the jokes and pranks directed at Bob. Because I would have realized that he and I were a lot more alike than I first thought. But silly teenager that I was, endoctrinated in the comforting sulkiness of mockery, I laughed and pointed my finger. And believe me, I paid double price for that later on.

As for Bob, he commited suicide the day before his fifteen birthday.

I warned you, this story is no fairytale.

***


Shortly after the passing of Bob Onyk which was due, according to the coroner, to a combination of low self-esteem and excessive sensibility, I began to change. A thing I know for sure is that there was no direct correlation between these two events although they were close enough in time. The main reason for that certainty, as eery and shocking as it may sound, is as deep and dark as the true cause of Bob's death, a collective murder perpetrated by a throng of teenagers hooked up on hormons. Even though we had pushed him over the edge - or into the clearing at the end of the path as you'd prefer to put it - even though I was a passive but sentient accomplice in his tragedy, I felt absolutely no guilt.

No, the trigger to my metamorphosis was encoded in my genes which made every counter effort vain in nature. At first, my parents and I thought that I had come down with a bad case of chickenpox. This preliminary diagnostic turned out to be an utter understatement when my bones started to grow in peculiar directions. To no avail, I was passed under the scrutiny of sophiticated tests and examined by the most eminent specialists. Nobody, no matter how smart or dedicated, seemed to be able to understand, let alone explain, what was cooking under my skin. The pain was excruciating both physically and mentally and after a while, I started to see everyone losing hope for me. In my delirium, I was babbling nonsensical sentences which seemed to come out of my mouth directly from an alien world. But as I learned a few days later, after I met Scipion, this verbal diarrhea had a hidden signification and was only part of the change operating in me, a change that would have killed me if it wasn't for a less than divine intervention.

I would have died that day if Scipion hadn't showed up out of nowhere, that day I was turned into a female demon.

There, I said it. How's that for therapy?

***


So there was I, lying on my hospital bed, eyes fixed on the white ceiling, my body and mind burning from inside, waiting for the time when I would miss the strength to inhale that last but necessary gulp of asepticized air. My parents were discussing in a corner of the room, trying to make up their mind on whether or not they should get a priest for me. They had just decided they would which was certainly not going to help, when Scipion came in, his eyes the same faded shade of grey as his tired raincoat. My father was on the phone talking to the receptionist at the hospital's chapel so it was my mother who dealt with our impromptu guest.

"Can I help you?
- No Madam, but I can. I know exaclty what is happening to your daughter for having experienced it myself.
- Are you a doctor?
- No, but as I told you, I am very familiar with this situation.
- I'm sorry Sir, but if you are not medically qualified, I will have to ask you out.
- I understand your reticence, but you must believe me, for the sake of your own child. I've come a long way for her and if you would just let me...
- Now this is enough, someone interrupted. It was my father with that tone of firm resignation I only knew too well. These may be the last moments we will ever spend with our daugther and we won't let them be taken away from us by a perfect stranger, no matter how far he comes from. The priest is on is way up so you must leave now or I will call hospital security.

At the mention of the name of the divine emissary, I saw rage flooding Scipion's face, murder filling his eyes. Although I shouldn't have - it was really too early for me to hold any kind of grudge against a man of the church - I resented his hate almost empathetically. Slowly but firmly, is anger turned into resignation and he talked his last words to my parents:

- I'm afraid you don't understand and I apologize for what I am about to do, but one day you'll realize that I was only acting in good faith."

He raised his hand up to his forehead and opened his mouth wide as if crying in pain. Hit by the unhearable ultrasounds, I saw my parents and the nurse collapse to the ground before Scipion spread his bat-like wings and took me into the night breaking out of the window of the 19th floor.

This was my first encounter with my mentor and my first experience of the underworld.

One of many to come.

***


As we were flying over the bay, hidden in the darkness, I lost consciousness. My worn out body had had its count and for some strange reason, I was feeling safe flying in Scipion's arms. Safer that is. A few hours later, I can't tell exactly how many, an uproaring stench forced me back to reality. I was lying on a moldy couch and the bouquet in question was coming from the little kitchenette where my abductor was as busy as a green fly on a fresh cowpie. His chest was bare, his raincoat lying on the floor, leaving his skinny pale wings exposed. I took a moment to look at him, at the way he was built, and noticed a few details about his extraordinary anatomy that I hadn't had time to fully consider before we escaped into the night. His ashy complexion made him look sick and his grey eyes made him look dead. In some places, the diaphanous skin joining his ridiculously long phalangeas had been punctured so he was surrounded by a strange weaving of light passing through the holes.

"What are you? I asked.
- You're awake. Good, this means that you're getting better already.
- No really what are you?
- Do you want the scientific or the religious explanation?
- What about both? I don't think there can be too much information in this situation as I am completely clueless.
- OK, here's the deal. You eat that soup I prepared for you and while you do that, I'll tell you everything.
- You call that stinky mix a soup.
- Magic soup, recommended by the doctor.
- I thought you were not a doctor.
- Not in the world of humans but here, I'm as close to a doctor as you will get.
- And in which world exactly are we supposed to be?
- Just eat the soup and I'll explain.

So while I was sipping at the revolting mixture trying not to barf on the already disgusting furniture, Scipion started my initiation.

mercredi 11 février 2009

Fièvres, Chapitres 2 à 4

Il ne connaît pas son nom. En fait, à bien y réfléchir, il n’en a jamais eu, et cela n’a rien d’étonnant. Il fait partie de la première génération, de celle qui, il y a très peu de temps, a acquis la conscience. Nous l’appèlerons donc Maurice pour des besoins évidents que nous sommes seuls à connaître, puisque c’est là notre manie de tout nommer, choses comme êtres. Bien vite, Maurice a mis ses facultés hors du commun au service de la petite communauté à laquelle il appartient. Avec les autres jeunes qui, comme lui, montraient des aptitudes nouvelles il a participé à l’élaboration d’une stratégie qui leur permet déjà d’augmenter sensiblement l’espérance de vie moyenne de tous leurs semblables. Durablement ? Peut-être bien, si les monstres qui ont pris l’habitude de s’en prendre à eux ne trouvent pas la parade rapidement. Maurice est un bar, mais pas n’importe quel type de bar. Dans notre language humain, on pourrait dire qu’il est l’un de premiers représentants d’une espèce mutante, le nouveau modèle de la nouvelle gamme, plus performant, plus efficace, la lessive qui lave plus blanc que blanc. Voici d’ailleurs qu’une sentinelle vient danser en rond autour de lui pour lui faire savoir qu’un chalutier s’approche par le sud, l’occasion pour lui et pour les siens de faire une fois de plus la preuve des nouveaux talents qu’ils ont acquis. Maurice ne sait pas ce que sont exactement ces grandes prisons dérivantes, mais, de façon intuitive, il les associe à la notion de danger et sait qu’ils représentent une menace réelle. Il perçoit à présent à travers sa ligne latérale, le vrombissement du moteur diesel qui se rapproche inexorablement. Il peut même imaginer les flétans destructeurs ravager le sol de son océan. Maurice effectue la danse de la fuite et le banc entier se met en mouvement à grande vitesse, à la perpendiculaire de la trajectiore du bateau tout en s’enfonçant vers le fond et en collant au relief sous-marin. Les voici à l’abri des sonars et l’ordre est donné de continuer à avancer sans remuer une seule écaille ou une seule nageoire en dehors du moulage que vient de former le banc sur le plancher océanique. Enfin, ils aperçoivent la faille et s’y engouffrent à l’image d’une chute d’eau téléostéenne basculant au-dessus d’un aplomb rocheux. Les respirations ralentissent et l’attention du banc se tend vers le bruit du moteur... qui s’éloigne. Pour Maurice et les siens, c’est une nouvelle victoire. Ils la savourent en silence et dans une immobilité parfaite, ils espèrent qu’ils connaîtront à nouveau ce genre de miracle.

~



« J’y comprends rien cap’taine, ce foutu banc était à un kilomètre au nord et il s’est tout bonnement volatilisé de l’écho sonar. Que je sois emporté par une lame si je mens. Ces satanés poiscailles ont encore avalé leur potion d’invisibilité.
Saletés de bestioles, ils sont en train de nous faire passer pour des amateurs. Et ce salopard de Darwin qui enfonce le clou. Je me demande ce qu’il y connaît, lui, à la pêche.
Qu’est-ce-qu’on fait cap’taine, on ne va tout de même pas rentrer au port les mains vides une fois de plus? C’est que j’ai une femme et des gosses à nourrir moi. Cap’taine ?
Ferme la un peu j’essaie de réfléchir. Que disent exactement les derniers relevés du sonar ?
Bah je vous l’ai dit cap’taine, le banc progressait vers l’Est, on pouvait facilement le contourner et le prendre en filature. Seulement, la seconde d’après, il n’y avait plus rien, juste l’écho du fond correspondant aux relevés topographiques de la région. Je n’y comprends rien de rien.
Toi non, mais moi je crois bien avoir compris. Nous allons d’ailleurs le vérifier immédiatement. Mets le cap au Nord !
Vous ne voulez pas me dire ce que vous avez compris cap’taine ?
Mets le cap au nord et tu verras par toi-même !

Telle fut la réponse du capitaine McCabe à son matelot qui ne discuta pas l’ordre et vira de bord. L’argument que venait de lui servir son supérieur hyérarchique lui suffisait amplement et la simple évocation de la fortune avait eu le même effet sur son zèle que sur ses pupilles : elle les avait dilatés.

A vingt miles nautiques au nord du lieu de cette première discussion, le sonar signala la présence d’un nouveau banc.

« Qu’est-ce que je fais cap’taine ?
Tu maintiens le cap, je te dirai quoi faire en temps voulu.
Mais ces saloperies vont encore se barrer !
Non, pas cette fois, fais moi confiance ! Que dit le sonar ?
Toujours la même chose, ils sont a un mille de nous et ... nom d’un chien, ils disparaissent cap’taine, j’vous l’avais bien dit, ces cochonneries de poissons sont encore en train de s’évaporer.
Tu fais trop confiance à tes appareils. Coupe les moteurs et apprends ! »

Sans un mot, le matelot exécuta l’ordre, non sans avoir pensé au préalable que son capitaine était probablement en train de perdre la raison. Ce devait être l’un des signes avant coureurs de la sénilité. Après tout, le vieux loup était agé de plus de soixante ans et en avait passé environ quarante cinq à bourlinguer sur les mers.

« Qu’est-ce qu’on fait maintenant cap’taine ?
On se tait et on attend. »

Après quelques minutes de silence radar, l’homme commençait à s’impatienter quand apparut sur l’écran verdâtre, d’abord un fantôme diffus de points, puis l’empreinte du banc entier à environ huit cent mètres, plein ouest.

« Nom d’un chien Capt’aine les voila qui réapparaissent comme par magie. Comment saviez-vous qu’ils étaient toujours là ? Dîtes capt’aine, comment ?
J’ai bien étudié la topographie des fonds au retour de notre première sortie infructueuse et j’ai remarqué qu’à cinq cent mètres à peine de l’endroit où nous avions perdu le premier banc, le plancher océanique se fend en une crevasse légère mais suffisamment profonde et longue pour abriter un banc de poissons.
Vous ne voulez tout de même pas dire que...
Si matelot, ils ont appris à se cacher. Et apparemment c’est un jeu pour lequel ils excellent.

~


Comment avait-il pu se montrer si naïf ? Maurice s’en voulait de ne pas avoir vu le coup venir, l’arrêt brutal du bruit de moteur aurait du lui mettre la puce à l’oreille.A quoi bon lui servait sa nouvelle intelligence s’il n’était pas en mesure de l’utiliser afin d’assurer la sécurité du banc? Maintenant, il était trop tard, les quatre cinquièmes de sa famille venaient d’être capturés et hissés vers l’étendue de gaz asphyxiant située en surface : une mort certaine. Maurice errait seul dans les étendues désolées par le passage des flétans où il découvrait un sentiment nouveau et douloureux, la culpabilité. Si c’était là le prix de l’évolution, il aurait préféré ne pas la subir, rester inconscient et s’affoler comme ses congénères l’avaient fait quand le filet s’était refermé sur eux. Au lieu de cela, il avait trouvé le moyen d’échapper à la mort. Quelle poisse ! La prochaine fois que l’occasion se présenterait, il ne chercherait pas à fuir. Conscient de son existence insignifiante, Maurice vient de réinventer le suicide et il nage à pleine vitesse vers la côte à la recherche de la meilleure mort qui soit pour lui. Il croise un requin indolent qui ne lui prête pas la moindre attention. Sans doute, le grand chondrychtien a-t-il déjà mangé ce qui expliquerait son indifférence. Maurice passe donc son chemin et se dirige à nouveau vers son destin. A quelques encablures de la plage, notre bar mutant rencontre un objet insolite dont émane l’exquis parfum du danger. L’animal en fait rapidement le tour et identifie la chose comme un piège primitif. Au bout d’un filin transparent lesté par des billes métalliques, se trouve un crochet de fer dont l’extrémité affutée a servi à transpercer une grassouillette néréis. Maurice comprend immédiatement le but du dispositif et se demande quel animal serait suffisamment stupide pour se laisser avoir par cette vulgaire carotte. La réponse qui jaillit dans son esprit est lumineuse. Lui, Maurice, sera l’idiot en question, lui, le poisson évolué va aller se pendre volontairement au bout de cette cordelette. Quelle ironie ! Comme il n’a pas vraiment faim, il se force presque à engloutir le ver annelé balotté par les micro-courants de la marée montante. Comme prévu, le crochet s’enfonce dans son palais, la sensation de piqûre est instantanée et la douleur passe rapidement alors que Maurice devient le premier poisson qui, consciemment, se soit fait faire un piercing. Et maintenant, que faire ? Ah oui, c’est cela, il doit s’agiter pour signaler au concepteur stupide de ce piège stupide qu’un animal encore plus stupide s’y est laissé prendre. Soit, Maurice se démène, ondule furieusement et commence à sentir une légère traction à l’autre bout de la ligne. Ouf, ce n’est pas trop tôt, pense-t-il alors que le fil invisible se tend et le ramène vers la surface. Ça y est, il est arraché à son océan natal, adieu monde cruel. Il suffoque déjà alors que deux sortes de pinces flasques et maladroites tentent de saisir son corps enduit de mucus sans trouver la moindre prise. Puis le pêcheur introduit dans sa bouche une tige d’acier qui vient déloger le crochet enfoncé dans son palais et le voilà dégorgé. Comme si son supplice n’avait pas suffisament duré, les pinces le transportent jusqu’à une cage transparente remplie d’eau. Ah non ! Ça ne va pas se passer comme ça ! Maurice est venu ici pour mourir et non pour finir séquestré dans cette prison de verre où, il en est sûr, il finira par découvrir les affres de la claustrophobie. On ne lui laisse cependant pas le choix et voilà qu’il est affligé, en une ultime insulte, de la vision atroce du visage béat et benêt de son ravisseur.

« Qu’avons-nous là ? S’extasie un Charles Darwin ravi par sa pêche miraculeuse. Si je ne m’abuse, il s’agit là d’un splendide spécimen de Dicentrarchus labrax. Voyons voir, comment vais-je t’appeler. Flipper ? Non, rassure-toi, je plaisante. Que dirais-tu de Michel ? C’est un joli prénom pour un jeune bar ? Va pour Michel alors. »

Et c’est ainsi que Maurice fut baptisé Michel.

jeudi 22 janvier 2009

Di ritornu, Chapitre 2 - Un Caribou au soleil

Il fallut bien que je m'y résolve, le Docteur Givis avait vu juste. Je décidais donc de prendre le caribou par les cornes et d'assumer pleinement ma nouvelle identité de canadophile. Comme à mon habitude, je n'y allais pas par quatre chemins et décidais d'injecter une bonne dose d'essence de castor dans mon quotidien, à commencer par la panoplie essentielle qui me permettrait de rentrer tout à fait dans la peau de mon personnage. De bon matin, j'achetais le Journal du Midi et entrepris l'épluchage des petites annonces. Signe du destin, à la troisième colonne seulement, mon regard s'arrêta net sur ce que je cherchais.

Vds, Dodge Ram 1500, 2007, CTOK,
150 000km, ttes options, TBEG,
50 000 Euros à négocier
Tel. en soirée 04. 91.61.36.14


Sans perdre un instant, je composais le numéro, remarquant au passage que les six derniers chiffres avaient un air familier. Au bout de deux sonneries, on décrocha.

« Résidence Fortier-Chopard, j'écoute?
- Oui, bonjour, j'appelle au sujet de l'annonce pour la voiture.
- Je vois, Monsieur Fortier est en voyage d'affaire, mais je peux vous transférer à Madame Chopard si vous le souhaitez. Elle saura vous renseigner mieux que moi.
- Merci.
- Un instant, ne quittez pas.

Une petite musique d'attente vint combler le vide laissé par mon interlocutrice dont l'identité inconnue me laissait perplexe. Son ton professionnel laissait présager qu'il s'agissait sûrement d'une employée de ladite résidence. J'espérais simplement que les Fortier-Chopard n'étaient pas l'un de ces couples de requins et qu'ils seraient ouverts à la négociation comme le laissait entendre leur annonce.

- Allo?
- Oui bonjour, Madame Chopard?
- Elle même. La gouvernante m'a dit que vous appeliez pour la voiture.
- Oui c'est bien cela.
- Bien, est-ce que vous êtes disponible pour passer la voir
- Comment, là, tout de suite?
- Oui. Croyez-moi, c'est une affaire à saisir. De la belle mécanique.
- Bien. Où voulez vous qu'on se rencontre?
- Le parking des Lecques. Disons dans une heure.
- Très bien j'y serai.
- Je compte sur vous. »

L'affaire prenait une tournure rapide et si je me débrouillais bien, je pourrais bientôt me glisser derrière le volant de ma belle Dodge d'occasion. Bien loin d'imaginer le piège que me tendais la mère Chopard, je m'en allais guillerêt et innocent vers notre lieu de rendez-vous, des rêves mécaniques plein la tête et je pensais déjà à ma prochaine acquisition, un barbecue de compétition que j'avais repréré la veille chez Castorama. Mon esprit ne tiqua même pas sur le nom du magasin, estimant probablement qu'au point où j'en étais, une coincidence de plus ne pesait pas très lourd dans la balance.
J'arrivais vers 18h30 sur le parking abandonné de la plage des Lecques et garais ma vieille Golf rouillée en front de mer. Après une dizaine de minutes, je la vis arriver, noble et racée, les chromes lustrés et la carrure impressionante. Madame Chopard, fit vrombir le moteur avant de couper le contact, comme pour me rappeler que sous ce capot gigantesque reposait une mécanique aux proportions égales. Occupé à faire le tour de la voiture, hypnotisé par son magnétisme exotique, je n'avais même pas entendu sa propriétaire qui s'était glissée derrière moi.

« Elle est belle, n'est-ce pas?
- Magnifique, articulais-je sous l'émotion.
- Et croyez moi, à ce prix, c'est une véritable affaire.

Je saisis la perche qu'elle me tendait sans vraiment y réfléchir.

- Justement à ce propos, votre annonce précise que le prix est sujet à négociation.
- En effet, je suis ouverte à toute proposition à condition que nous restions dans la limite du raisonnable. Dîtes moi, combien êtes-vous prêt à mettre?
- Je pensais, autour de 45 000 euros.
- C'est une grosse différence par rapport au prix de départ.
- J'en suis bien conscient mais c'est tout ce dont je suis capable.

Je bluffais et elle le savait. Mais elle ne sembla pas m'en tenir rigueur. Après tout, c'étaient les règles du jeu de la vente de particulier à particulier. Elle fit mine de réfléchir quelques instants et finit par abattre ses dernières cartes.

- Bien. Je suis prête à vous la laisser pour 45 000 mais uniquement parce que je vois en vous l'amateur de belle mécanique et à une petite condition.
- Je vous écoute.
- Monsieur Fortier est un homme très occupé voyez-vous et une femme de ma condition a besoin de compagnie masculine.

Enfin, le traquenard était dévoilé. Madame Chopard était une croqueuse d'hommes et elle avait jeté son dévolu sur moi, le potentiel acquéreur de sa voiture.

- J'ai peur de bien vous comprendre...
- Allons, ne soyez pas timide, mon offre tient toujours.
- Non, je suis désolé, je ne suis pas l'homme que vous croyez.
- C'est dommage, je suis certaine qu'on aurait bien pu s'amuser tous les deux. Revenons donc aux affaires, le prix est fixé à 50 000 euros, à prendre ou à laisser.
- Marché conclu, soufflais-je, trop content d'avoir échappé à sa toile.

Dix minutes plus tard, je repartais avec une promesse de vente en poche et ma dignité intacte.

***


Je ne revis jamais Madame Chopard. Le week end suivant, ce fut la gouvernante qui vint me livrer la voiture. Heureux comme un pape, je décidais d'aller étrenner mon nouveau bijou sur le vieux port avant de rejoindre des amis dans l'un de nos endroits fétiches, Au Son des Guitares. Une fois garé dans un endroit bien en vue, je rejoignais ma bande de joyeux lurons à l'intérieur du célèbre café corse. L'ambiance était dense, ourlée d'émotion et de tradition, chargée de l'histoire de ce peuple fier et brave. Pour la première fois, je sentis presque le Canada m'abandonner complètement, comme si le pays gigantesque avait été évincé en quelques seconde par la petite île méditerranéenne. Je pris place à la table après avoir livré une volée de poignées de mains et embrassé quelques paires de joues. Le serveur s'approcha pour me demander ce que je souhaitais boire. Je pris le temps de réfléchir et commandais une bière corse à la chataigne sous les yeux ébahis et les oreilles abasourdies de mes amis.

« Tu bois de la bière toi maintenant? S'enquit l'un d'eux la voix empreinte d'incrédulité.
- Oui, c'est pas mal bon comme breuvage. J'aime ça au boutte.
- Pardon? Qu'est ce que tu as dis, là? J'ai rien compris.
- Tabarnac'! Tempétais-je. V'la tu pas que j'me mets à jaser en québécoué.
- Vraiment, vieux, je ne comprends pas. Articule un peu mieux!

Celle là, c'était la meilleure. Je me trouvais pris d'une crise de québécophonie aiguë au beau milieu d'un bar corse, incapable de me faire comprendre de mes amis de toujours. Au prix d'un effort surhumain, je parvins à reprendre le contrôle de ma langue.

- Excuse-moi, c'est un petit problème d'élocution que je cherche à régler en ce moment. Ça va, ça vient sans prévenir.
- Mince alors, c'est ennuyant ça.
- Non pas trop. Au contraire, je trouve cela assez drôle parfois.
- On ne doit pas avoir le même sens de l'humour alors, me tança-t-il.

La soirée se déroula sans trop d'encombres bien que j'eusse lâché de temps à autre un « Crisse » par ci et un « Motadine » par là. Ce n'est que lorsque nous sortîmes du bar et que je découvrais la Dodge montée sur parpaings que mon verbiage s'embala.

« Caline de bine de saint sirop de bedaine! Les maudits, ils ont jacké mon char pis ils ont crissé leur camp. Motadine! Si j'attrape l'enfant de ciboire d'enyabé qui m'a fait ça, j'm'en va lui dévisser le nombril pis ses fesses vont tomber à terre. Ah! Ça va faire, calice de sachristie! C'est-tu dont ben plate ça lo. Comment que j'va faire pour rentrer à maison à souère moué... »

Cette diatribe dura encore quelques minutes sous le regard médusé des passants. Mes amis, eux, s'inquiétaient moins pour mes roues dérobées que pour ma santé mentale. Ils étaient les meilleurs et au contraire de simple amis qui auraient probablement jeté l'éponge à ce moment là, ils restèrent et ne se laissèrent pas rebuter par mes éructations de charabia. Au contraire, ils voulurent comprendre ce qui m'arrivait et demandèrent s'ils pouvaient être d'une aide quelconque.

Le dimanche suivant donc, rendez-vous fut pris à la patinoire municipale pour une étude exploratoire du passe-temps favori de tout canadien qui se respecte, le Hockey sur glace. J'avais dans l'idée de former une petite équipe locale amateure composée de bons copains. Ensemble sur la glace, nous serions les Wild Cats de la Cannebière.

***


Sept heures du matin, l'heure des braves. Nous étions tous là, fatigués mais contents, prêts à lancer la légende des Wild Cats de la Cannebière. Nous nous imaginions déjà défiler dans la ville, ovationnés par la foule, notre première coupe Stanley à bout de bras. Du moins jusqu'à ce que nous montions sur la glace. Pathétique était le mot, ridicule était la manière. Nous glissâmes plus sur nos arrière-trains que sur nos lames et manquâmes de nous éborgner cent fois à coups de crosses incontrôlés. C'était à se demander comment les joueurs de la Ligue Nationale de Hockey pouvaient bien faire, eux qui paraissaient aussi à l'aise sur leurs patins que dans une paire de charentaises. Bien que je fus et de loin le moins minable de tous, le chemin était encore long avant que nous puissions considérer que nous formions une véritable équipe. Mais comme dit si bien le dicton: impossible n'est pas marseillais. A force de volonté et de levers matinaux, nous parvînmes d'abors à ne plus tomber puis à échanger la rondelle. Nous ne gagnâmes jamais la coupe Stanley mais je suis fier de dire que les Wild Cats de la Cannebière sont aujourd'hui plus qu'une équipe de bras cassés. Curieusement, l'esprit hockey à pris sur la terre aride du sud et nous avons à mon sens passé d'authentiques moments canadiens sur la glace de la patinoire municipale. La semaine passée alors que nous finissions un match amical serré, je m'emportais dans l'un de mes grands élans québécois.

« Mais enfin! Qu'est-ce c'est tu fais Turcotte! T'es même pas capable de pogner cette fichue rondelle!

Mon patois, n'a en revanche pas connu le même succès que le jeu et ce genre de sortie me vaut toujours quelques regards ronds ayant l'air de dire: « Non, mais d'où sort-il celui là? ». Je n'y fais plus attention et à quoi bon: si je cherche à chasser le naturel il risque de revenir au galop. C'est l'une des leçons que j'ai tirées de cette expérience. On peut certes changer, mais on ne peut pas forcer le changement et une fois qu'on a changé, c'est souvent irréversible.

dimanche 1 juin 2008

Artie - Chapitre premier

Première partie: "Il sera une fois..."

I


À l'époque ancestrale où les Dieux vivaient encore parmis nous, nous ne connaissions ni la faim ni la maladie. A l'abri de Leurs ailes d'acier, notre vulnérabilité naturelle ne constituait pas un handicap. Nul être vivant, si puissant soit il, n'aurait osé s'attaquer à nous de peur de s'attirer Leur courroux. Notre petit peuple s'épanouissait dans la sécurité et si nous finissions par mourir comme tous les êtres vivants ici bas, ce n'était souvent qu'après une longue et heureuse vie.

Hélas, arriva le jour funeste où, sans aucune explication, sans même aucun avertissement, les Dieux nous abandonnèrent à notre sort, aux griffes et aux crocs acérés de créatures cent fois plus fortes, cent fois plus rapides que nous. Il y eut bien une période de méfiance assez courte au cours de laquelle nous fûmes laissés en paix, les prédateurs s'attendant alors comme nous au retour prochain et inéluctable de nos créateurs. Mais ils ne revinrent pas et les bêtes affamées commencèrent à nous décimer. Notre population jadis florissante s'étiola peu à peu tandis que nous nous éparpillions de par le monde, jusqu'aux confins de contrées inaccessibles, saisissant dans un pur instinct de survie la seule alternative que nous offrait notre frêle constitution: la fuite.

C'est ainsi que nous survécûmes pendant des milliers de lunes, malades souvent, apeurés toujours, terrés, prostrés, à l'abri du regard perçant des carnivores qui nous traquaient. Jusqu'à ce jour, nous n'avons cessé de nous poser cette question troublante à plusieurs égards: "Pourquoi? Pourquoi nous ont-ils abandonnés ainsi?" Malgré tous les efforts de réflexion que nous y avons consacré, aucune réponse satisfaisante n'a pu être articulée et à ce jour, nous ne comprenons toujours pas cette défection soudaine. Et même si nous obtenions une réponse, aujourd'hui, cela n'aurait aucune importance. Car en quoi cela changerait-il notre situation? En rien, absolument rien.

***

Les premiers rayons de l'étoile effleuraient à peine le corps endormi d'Artie, pelotonné contre celui de sa petite soeur. Commençant à se sentir à l'étroit, il tenta de s'étirer mais dut y renoncer. Cet espace était manifestement trop petit pour eux deux. Il replia donc sous lui ses deux pattes postérieures et poussa de ses maigres forces dans la direction opposée à celle où se trouvait sa cadette. C'est alors qu'un craquement sourd retentit et Artie s'immobilisa apeuré. Que s'était-il donc passé? D'où pouvait bien provenir ce son à la tonalité impérative?

Pénombre rouge. A travers ses paupières closes, il perçut la morsure brûlante de l'étoile. Jamais auparavant ne l'avait-il ressentie de manière si intense. L'anomalie ne laissait rien présager de bon et pourtant, sa curiosité finit par l'emporter: Artie ouvrit les yeux.

Bien qu'il n'effectuât pas cette manoeuvre pour la première fois, ce qu'il découvrit alors lui coupa le souffle. Face à lui s'étendait un monde nouveau bien plus vaste que celui auquel il était habitué. Petit à petit, ses yeux protégés par trois jeux de paupières s'habituèrent à la clarté inédite et son cerveau commença à traiter les informations visuelles transmises à la pelle par ses nerfs optiques. Il sentit le vent chaud et sec s'insinuer au fond de la caverne jusque sur sa peau moite, tentant d'en extirper la moindre goutte d'humidité. L'air fouettant ses narines lui apportait un cocktail d'odeurs inédites agréables et nauséabondes mélangées. Il se retournait vers sa soeur, tout ébahi par sa découverte, dans l'intention de lui faire partager ce changement aussi incroyable qu'abrupt dans leur environnement quand il découvrit l'origine du craquement qu'il avait entendu quelques instants pus tôt.

Artie blêmit et, à la vue du désastre, un profond désarroi s'empara de lui. Il tenta bien de la ramasser, de la remettre à sa place mais rien n'y fit. Elle était irrémédiablement brisée. Inconsciente du drame qui se tramait à quelques foulées d'elle, sa petite soeur dormait paisiblement, innocente, ignorant la chance qu'elle avait, elle, d'être toujours intacte. Voilà une journée qui commençait décidément bien mal pour Artie. Abattu, il jeta sur le sol le fragment de coquille qu'il tenait encore entre ses griffes et finit de s'extirper tout à fait de son oeuf. Après qu'il eut trouvé son équilibre sur ses pattes chancelantes, il partit explorer la tanière familiale. La vie était injuste, certes, mais elle était aussi une aventure fantastique qu'Artie, armé de sa curiosité légendaire, avait la ferme intention de découvrir sans plus tarder.

Il s'aventura donc vers l'extrémité éclairée de la grotte où ses parents avaient élu domicile, prenant bien garde à chaque pas de mesurer son effort et de tester la stabilité du sol meuble dans lequel s'enfonçaient les talons de ses serres. Une fois parvenu au bord de l'aplomb rocheux qui bordait l'entrée de la demeure familiale, il leva les yeux vers le ciel où deux ombres élancées tournoyaient avec grâce. Artie les reconnut instantanément et commença à appeler dans leur direction. Les deux créatures interrompirent leur ballet aérien et vinrent se poser aux côtés de leur rejeton sur la petite corniche.

"Bonjour Papa, Bonjour Maman, lança-t-il le plus naturellement du monde, comme si sa présence hors de sa coquille était une chose coutumière.
- Tiens, tiens, entonna son père sur un ton jovial, regardez qui s'est enfin décidé à sortir de l'oeuf. Il commençait à se faire tard et j'ai bien cru que tu n'en sortirais jamais. Un peu plus, et ta petite soeur te coupait l'herbe sous le pied.
- Ne taquines pas le petit, Makie, tu vois bien qu'il est encore sonné par son éclosion, gronda sa mère.
- Bon, bon, mais je préfères te prévenir à l'avance Artie, maintenant que tu es sorti, tu vas avoir tes vieux sur le dos en permanence. Et crois moi, la couvée en comparaison c'est de la gnognote."

Makie fut interrompu par un craquement sourd en provenance de la caverne. À l'aune de son grand frère, la petite Farie avait apparemment hâte d'en découdre avec le monde extérieur. La famille se regroupa au fond de la caverne pour accueillir dignement ses deux nouveaux membres: les moments de joie étaient devenus bien rares et Artie et les siens avait appris à en extraire tout le contenu.

mercredi 21 mai 2008

Pests in the Attic

It all began when my wife told me they were back. I had just come home and was longing for a bath. But I never had the slightest chance to even stick my big toe in the hot tub.

“Are you sure?” I asked her when I saw the worried look on her face “could it have been anything else?”

She answered she was perfectly sure and began to sob. I knew she hated those rats up there in the attic. Actually, they totally freaked her out.

“I really thought we had gotten rid of them last time the exterminator came” I said, remembering we hadn’t heard their squeaky cries or the rattle of their fights since then.

My wife begged me to go upstairs and check things out. She was worried one of those furry monsters had made it out of its sealed prison and invaded our privacy. Her privacy, that was. I knew I had no other choice if I wanted to calm her down, so I took the broom in the closet and performed a thorough investigation of the first floor. As I found nothing, I came down the stairs and was stopped right in the middle of it by a sound noise coming from the ceiling.

“You hear that!” my wife shouted hysterically, “if we don’t have the pest control guy come here tonight, I won’t be able to sleep. You hear me Maurice?”

Maurice, I always loathed my name. I even cursed my parents once or twice only because they had been cruel enough to bless me with this stupid, french sounding, heck of a name. My wife knew perfectly how to use it and to unleash the power it raised in me. Without thinking I took the phone book on the patio table and dialed the number written under the logo of the “pest patrol”. After two or three tones, someone picked up.

Bus 182

Ce récit aux relents de terreur vous parvient d'un endroit reculé, perdu dans les méandres sinueux qui peuplent les confins d'une âme torturée, la mienne pour être précis. Ici, l'esprit dont je suis doté et que mon entourage taxe souvent de rationalisme, ne m'est d'aucune utilité. Sa quête perpétuelle de sens, sa soif de vérification par l'expérience et son incrédulité maladive s'y heurtent à des remparts infranchissables d'aberration. Ici, la folie rôde sous les frondaisons des neurones, prête à bondir telle un fauve affamé.

Malgré ma réputation d'homme de science intègre et honnête, ceux qui m'ont enfermé ici n'ont pas daigné m'écouter. Ils m'ont traité de fou, comme si le simple fait de me prêter une oreille attentive avait signé leur connivence, donné un complice assentiment à ma névrose. Je sais cependant que je n'ai pas été victime d'hallucinations, que tout ce que j'ai vécu, vu et entendu ce matin là dans le bus 182 de neuf heures s'est réellement passé. Quelque part, ils le savent aussi, j'en suis convaincu. Trop d'éléments troublants survenus ce matin là échappent à toute explication rationnelle, trop de traces visibles persistent qui viennent étayer ma version des faits. Parmi celles ci, les cicatrices qui sillonnent mon corps meurtri et dont beaucoup laisseront une trace indélébile gravée sur mon épiderme, témoins irrévocables de mon histoire. Ils ont bien essayé de me briser, de me faire admettre que je m'étais infligé malgré moi ces mutilations. Mais je vous l'ai dit, je sais que je ne suis pas fou.

Voici donc dans les menus détails ce qui m'est arrivé en ce funeste matin du 28 février 2007.

Comme à l'accoutumée j'attendais le dernier bus de la matinée au départ de l'arrêt Lebreton et à destination de Kanata. J'avais pris l'habitude de le voir arriver de loin alors qu'il sortait du transitway dans la direction opposée et s'engageait vers la droite sur une boucle lui permettant de rejoindre l'endroit d'où je l'observais. À neuf heures moins cinq, le véhicule aux couleurs de la compagnie locale s'arrêta le long du trottoir. Les habitués de la ligne que je croisais tous les matins montèrent en même temps que moi dans le ventre de ferraille peint de rouge et de blanc. Curieusement, le chauffeur n'était pas celui que nous avions l'habitude de voir. Après quelques instants de perplexité, je me dis simplement que notre conducteur habituel avait du se faire porter pale, énième victime de l'épidémie de gastroentérite qui sévissait à ce moment là. J'aurais cependant dû faire preuve de plus de circonspection, car l'identité usurpée de notre Charron était directement liée à la cascade d'événements dont j'allais être témoin bien malgré moi.

Je m'asseyais donc vers le milieu du bus comme j'en avais l'habitude alors que le véhicule s'ébranlait poussivement dans un concert de grincements métalliques. Au dehors, l'hiver polaire régnait sans partage et enserrait de sa poigne gelée les terrasses Lebreton. Les vitres du bus, constellées de cristaux de glace bordés de buée, encadraient le paysage austère que la ville gelée offrait à mes yeux encore lourds de sommeil. À l'image des matins précédents, le trajet débuta sans encombres. On aurait tout aussi bien pu être la veille ou l'avant veille tant le film de ma vie se répétait inlassablement à ce moment précis de la journée, véritable litanie existentielle commençant chacune de mes matinées. La seule différence notable demeurait assise derrière l'imposant volant de notre moyen de transport collectif et semblait, à ce moment là, sous son enrobage de tissus, faite de chair et d'os humains. Nous suivîmes donc la portion citadine de la voie express réservée aux autobus, nous arrêtant régulièrement pour laisser descendre ou monter le flot discontinu des travailleurs matinaux d'Ottawa. Arrivés à l'arrêt Dominion, il ne restait plus dans la carlingue que les passagers qui, comme moi, se rendaient à l'ouest de la ville avec, pour la plupart, Kanata comme destination finale. C'est alors que les premiers changements se manifestèrent, d'abord imperceptibles ou du moins insuffisants pour laisser présager de l'ouragan d'irrationalité dans lequel s'achèverait notre trajet quotidien.

Sur l'horizon gelé surgirent les barres d'immeuble de Lincoln Fields, leurs murs de briques efflanqués couronnés d'un inhabituel panache de fumée jaunâtre. La station d'autobus du quartier, véritable plaque tournante du transport en commun ottavien sise à la croisée des lignes nord-sud et est-ouest, semblait ce matin prise d'une frénésie hors du commun. Une véritable armée de camions bennes avait investi les friches encastrées entre la rue Carling et le transitway, y déversant un curieux chargement en tas inégaux. À première vue, le flot de poudre crayeuse éparpillé sur le gazon enneigé aurait pu être de la chaux vive. Mais comme je l'apprendrais par la suite à mes dépens, cette impression n'était qu'une vaste tromperie rationaliste échafaudée par l'esprit scientifique hébergé dans ma boîte crânienne.

Ce que vaut la vie

Prologue

Mario s’approcha l’air inquiet du vétérinaire qui examinait Belladona, la laitière dont il était si fier. Fier au point qu’il avait voulu sauvegarder ses caractéristiques en la faisant enfanter dès que la situation s’y serait prêtée ce qui s’était produit il y avait à peine deux mois. Il avait également choisi le père, un taureau vigoureux qui possédait un patrimoine riche lui assurant une engeance robuste. Mais le sort semblait en avoir décidé autrement, il était bien trop tôt et pourtant, Belladona avait entamé le travail de vêlage. Le docteur n’avait laissé aucun faux espoir à Mario qui était d’ailleurs tout à fait en mesure d’évaluer la situation par lui-même. Pour le jeune veau, aucune chance de survie. En revanche, la mère pouvait très bien se sortir de cette couche prématurée et le vétérinaire était là pour faire en sorte que le fleuron du cheptel de Mario soit en mesure d’assurer une nouvelle maternité après ce premier échec. L’éleveur tourna un regard plein d’amour vers l’animal et lut la souffrance dans ses yeux. Belladona comprenait parfaitement ce qui était en train de lui arriver et elle partageait sa peine avec cet être humain qui l’avait choyée depuis qu’elle était venue au monde dans les plaines de la pampa argentine. Dans un dernier effort, Belladonna expulsa le fœtus inanimé du jeune veau qui aurait pu être son petit si les circonstances avaient été différentes. Elle savait cependant quelque chose que son propriétaire ignorait, de façon instinctive comme elle savait la plupart des choses. Malgré tous les efforts déployés par le vétérinaire, le splendide animal n’aurait jamais d’autre occasion de donner la vie, de faire ce cadeau sans prix dont trop d’hommes ont tendance à ignorer la valeur qu’il s’agisse de celle d’un animal, d’une espèce entière ou même d’un de leurs congénères. Emilio, le fils aîné de la famille fit irruption dans l’étable. Rosetta la seconde vache gestante du troupeau montrait elle aussi des signes inquiétants de vêlage précoce. Mario se demanda ce qu’il avait bien pu faire pour que le sort s’acharne ainsi contre lui. Il pria le ciel avec ferveur de le protéger contre le malheur qui semblait soudain s’abattre sur sa ferme. Il ne se doutait cependant pas que son geste était reproduit à l’identique et au même moment par tous les éleveurs de la région et au-delà. Epuisée, Belladonna s’endormit sur la paille en regardant son maître implorer son dieu agenouillé sur le sol. Elle rêva qu’elle était mère.

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Communiqué de presse Agence Reuters :

Une épidémie de vêlage prématuré semble s’être déclarée simultanément en trois endroits du globe. Les régions touchées sont respectivement la banlieue de Buenos Aires, la campagne anglaise et l’état du Texas. L’origine de cette « fièvre accoucheuse » n’a encore pu être déterminée. Les autorités sanitaires ont par mesure de précaution mis les zones concernées en quarantaine. Les experts semblent optimistes quant à la conscription du fléau et excluent toute transmissibilité aux autres espèces y compris à l’homme

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Journal de bord du Dr. Tissouard, interne obstétricien de la maternité de Port Royal, Paris XIVème .

Chaque jour nous apporte de plus en plus de désillusions. Ce matin, nous n’avons pu sauver qu’un prématuré sur douze cas. Les chances de survie des nouveau-nés décroissent fortement depuis le début de l’épidémie et je crains qu’à terme, nous ne soyons plus à même de sauver ne serait ce qu’un seul bébé. Les statistiques que nous collectons affinent la survenue du moment critique de résorption vers les quatre mois de gestation. Les perspectives d’avenir sont désastreuses et si l’on considère qu’un pool de 1000 femmes fertiles suffirait à assurer la survie de l’espèce humaine, il faudra tenir compte de la période de fertilité qui s’arrête en moyenne à 47 ans chez la femme. Ce qui signifie que si d’ici à 35 ans, nous n’avons pas trouvé de solution à ce problème, nous, êtres humains, pourrons dire adieu à la vie. Nous ignorons tout de ce mal et j’espère que nous saurons nous entendre afin de lutter contre ce fléau qui peut nous mener à notre perte.

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Zagreb, Croatie, le 20 octobre 2004.

C’est un miracle auquel nous venons d’assister. La petite Kristina prématurée de presque trois mois est la dernière rescapée de l’épidémie mondiale de résorption. Les médecins très pessimistes il y a deux jours quant au sort de la petite fille s’attachent maintenant à assurer son confort et sa survie. Une équipe de spécialistes va tenter de reconstituer les facteurs environnementaux qui auraient pu favoriser la survenue de cet heureux événement. Kristina pourrait être la dernière petite humaine que notre terre ait vu naître.

Life Storm

Au commencement était le verbe

I

La sonde spatiale Life Storm I, trésor de technologie et fruit ultime des efforts coordonnés de plusieurs centres de recherche spatiale, trônait au milieu d’un hangar de plus de 3000m2 propriété de l’ESA. À ses côtés, le colonel Claudia Regina, responsable en chef des installations couvait du regard le fantastique appareil et écoutait attentivement les derniers résultats que lui rapportait son ingénieur, le caporal Chesterfield. Elle qui avait été l’instigatrice du programme Spreading Life assistait en ce moment même à l’une de ses premières étapes concrètes et déterminantes. Elle réfléchit au trajet parcouru depuis l’idée originale et géniale qui avait germé dans son esprit 20 ans plus tôt. Même si elle avait su donner forme à ce qui initialement n’était qu’un ensemble de mots couchés sur un morceau de papier, le chemin jusqu’à l’accomplissement total de sa création était encore fort long et semé d’embûches. Et quoi qu’il en soit, sa vie sur cette terre ne serait pas suffisamment longue pour qu’elle puisse voir le programme porter ses fruits. Le but en était à la fois fort simple et extrêmement audacieux : il s’agissait en effet d’envoyer depuis une sonde orbitale et dans toutes les directions de l’espace, des échantillons de formes de vie terrestres primitives et extrêmement résistantes pour en fin de compte participer à la dissémination de la vie dans tout l’univers. Ce procédé constituait, en l’occurrence, un moyen indirect de voyager vers d’autres galaxies. Les problèmes relatifs à la survie d’êtres humains et à la durée des voyages sidéraux étaient effacés par ce nouveau concept d’exploration par procuration.

Les perspectives étaient des plus intéressantes mais soulevaient de nombreuses questions relatives notamment au caractère incontrôlable de l’expérience et à la possible émergence de formes de vie évoluées et agressives. Néanmoins, les fonds avaient sans peine été débloqués par la communauté européenne et l’opération « Spreading Life » avait vu le jour six mois plus tard. Son résultat, que Claudia faisait maintenant passer entre ses doigts, revêtait l’aspect de petites cartouches de titane, le souffle créateur divin, qui contenait différentes espèces procaryotes et eucaryotes pour la plupart sous forme de spores assurant une résistance accrue aux conditions extrêmes imposées par un voyage interstellaire. Les souches bactériennes sélectionnées possédaient en grande majorité un métabolisme « anaérobie facultative » de sorte qu’elles pourraient recourir ou non à la respiration en fonction du milieu dans lequel elles seraient dispersées. Ainsi le schéma de l’évolution terrestre n’était pas forcément privilégié et l’on pouvait s’attendre à voir apparaître de nouveaux modèles biochimiques toujours basés sur la chimie du carbone, mais pouvant utiliser bien d’autres substances. Car comme chacun sait, la vie montre un caractère d’adaptabilité extrême.

Les tests de résistance au froid des échantillons venaient juste de prendre fin et après une période d’essais jugée probante par tous les experts, on s’apprêtait à lancer la première salve. La sonde «Life Storm I » était sur le point d’être treuillée dans le compartiment supérieur d’un lanceur Ariane, chargée de plus de 100000 cartouches qui, contrairement à leurs homonymes militaires avaient pour but ultime de faire foisonner la vie. Et si tout se déroulait selon le planning préétabli, dans un peu moins d’une semaine, se déverserait dans l’immensité de l’espace un feu nourri de capsules de vie.

La der des ders

Le monde est un autobus bondé qui fonce à cent à l’heure vers un mur de béton armé. Nous sommes les passagers, nos dirigeants auxquels nous avons sciemment confié le volant sont tous ivres de pouvoir et nous, nous fermons les yeux pour nous protéger du choc inévitable… qui arrive.

Sommes-nous incapables de tirer un quelconque enseignement du passé, sommes nous condamnés à oublier et à répéter sans cesse les mêmes erreurs?

Nous autres, êtres humains, ne disposons pas tous du minimum nécessaire pour vivre. Le luxe, représentant ce que l’on peut s’offrir lorsque l’on dispose de ce minimum, en tant qu’espèce, nous ne devons nous en permettre aucun. Ceux qui le font sont des criminels. Ils continuent malgré tout d’abuser de richesses excessives, amassées, et que rien hormis l’estime surfaite qu’ils ont d’eux-mêmes ne justifie. Ceux-là même qui se demandent s’ils vont acheter le bateau à cinquante millions plutôt que celui à quarante cinq millions et demi, sans se soucier de leurs semblables qui crèvent de faim dans la rue, sont nos vrais ennemis. Ils tentent de nous leurrer en nous en désignant d’autres, fantoches qui ne sont que l’illusion de notre accoutumance au confort et à la sécurité.

Pourquoi ?

Qu’avons-nous fait?
Nous détenions les moyens de faire évoluer ce monde de le rendre vivable pour tout un chacun. Mais notre quête avide de pouvoir a oblitéré notre perception de la réalité. Nous ne voyions plus le malheur qu’engendrait notre conduite égoïste. Abrutis de besoins factices, sourds aux suppliques de ceux que nous piétinions, nous n’avons pas entendu la plainte se muer en grondement de révolte. Maintenant qu’il est trop tard nous ne pouvons plus continuer à ignorer une réalité qui faisait de nous tous des assassins. Car c’est ce que nous étions tous, nous autres habitants des pays dits civilisés, qui profitions égoïstement de toutes les richesses accaparées, parfois même dérobées sur lesquelles nous n’avions aucun droit, quand même des enfants mouraient de faim et de maladies mille fois curables. Il nous aurait suffit de renoncer à l’abonnement au câble que nous ne regardions d’ailleurs jamais, au toilettage du chien qui ne le débarrassait pas de cette odeur infecte, à toutes ces petites choses dont nous aurions pu nous passer au nom d’une solidarité qui aurait dû nous paraître naturelle.

Mais nous ne l’avons pas fait et maintenant qu’il ne reste de ce monde qu’un amas de cendres, nous ne pouvons plus rejeter sur personne cette faute qui nous incombe. L’Histoire a beau être le meilleur des professeurs, nous ne sommes que de piètres élèves, indisciplinés, incapables d’assimiler une leçon même lorsqu’elle nous touche au plus profond de nos êtres. Nous parlions en grande pompe de démocratie et d’égalité mais nous n’avions jamais dépassé le régime féodal : nous l’avions mondialisé. La quasi-totalité des richesses détenue par une minorité de privilégiés, voilà quelle était la réalité. Et l’histoire que nous avions vécue à l’échelle des nations s’est répétée au niveau mondial. Opprimez, affamez, méprisez, vous ne récolterez que la révolte et la haine. Et le peuple aura beau être armé de fourches et de pierres, à un contre cent, rien ne saura protéger les tyrans. Rien n’aurait pu nous protéger de la marée humaine qui a déferlé sur notre égoïsme et notre indifférence.

Fièvres

Debout sur le pont de la vedette, l’homme s’évertuait à orienter l’antenne reliée au vieux poste de télévision. En dépit de ses efforts répétés, l’écran s’obstinait à se parer de zébrures et de neige entrelacées. L’image nette aurait été un luxe et en fait, Charles se serait largement contenté de convertir le grésillement incompréhensible que débitait le haut-parleur en un discours clair et intelligible. Alors qu’il était sur le point de s’énerver et de jeter par dessus bord l’appareil d’un autre âge, le professeur Darwin se figea. Un éclair de satisfaction passa sur le visage bronzé du quinquagénaire dont les traits s’adoucirent automatiquement. Fin prêt, il prit place sur la chaise pliante qu’il avait disposée en face de l’écran et attendit avec une pointe d’anxiété le générique annonçant le début du bulletin d’informations. Stoïque, il assista impuissant au défilé de publicités plus lénifiantes les unes que les autres. D’ordinaire, il se serait emporté contre cette débauche de faux arguments scientifiques dont le seul but était de pousser le crédule citoyen capitaliste, vache à lait, à une consommation fébrile. « Aux chiottes le Bifidus et ses comparses, les coenzymes et autres complexes hormonaux machin-truc qui ne valaient pas mieux que des promesses électorales !» Quant à la phobie des bactéries elle le faisait rire sous cape, car s’il était un réel maître de la planète, ce n’était pas l’homme prétentieux et parasite mais plutôt l’une de ces espèces de petits êtres, qui une heure après que vous ayez passé le produit miracle et assassiné presque toute leur ascendance avaient déjà entrepris de recoloniser votre carrelage.

Sitôt que Charles eut découvert, ô miracle, que l’on devait maintenant, pour laver le sol, utiliser de petites lingettes dont la durée de vie n’égalait pas le millionième de celle de la bonne vieille serpillière et dont la seule existence raccourcissait considérablement celle de la forêt amazonienne, et seulement après cette formidable prise de conscience, arriva le générique annonçant le condensé d’informations. Enfin. Tous sens en alertes, ouie et vue focalisées vers la petite boîte de métal, le docteur Darwin fixa son attention sur ce qu’énonçait à présent le commentateur.

« Les prises observées au cours des dernières pêches ne cessent de préoccuper les professionnels et les experts des populations marines. En effet, en moins d’un mois, les chiffres ont diminué de moitié et l’on ne s’explique toujours pas cette dégringolade.
Dana Graham, notre envoyée spéciale sur de la côte est des Etats-Unis est donc partie à la rencontre du Docteur Charles Darwin, homonyme du célèbre auteur de la théorie de l’évolution et non moins éminent océanographe, spécialiste des populations de pêches.»

Vint alors une petite introduction au cours de laquelle la jolie journaliste, le dos tourné à la mer, résumait la situation de manière un peu plus précise. Puis le champ de la caméra s’élargit et son visage jovial apparut. L’effet fut instantané. La jubilation qu’on pouvait lire à l’écran sur ses traits se réfléchit aussitôt sur le professeur si bien qu’il devint, en un court laps de temps, la parfaite reproduction de l’image télévisée, aussi fidèle qu’un miroir.

Il s’écouta répéter ce qu’il avait dit quelques heures auparavant à Dana Graham et opina à chacun de ses arguments.

« Les derniers relevés nous indiquent que, de façon tout à fait paradoxale, le nombre total de poissons dans cette zone n’a pas diminué. Au contraire, certaines espèces semblent connaître, en ce moment même, une expansion démographique sans précédent qui, si elle se poursuit à ce rythme, pourrait repeupler cette zone pillée de l’océan. J’émets cependant une condition à cette nouvelle fort réjouissante pour le zoologiste que je suis : que les industriels ne parviennent pas à réparer leurs filets, qui sont, selon toute évidence, troués. »

Il s’esclaffa quand il entendit à nouveau ce petit mot assassin qu’il avait prononcé quelques heures auparavant et qui en disait long sur l’opinion qu’il se faisait de la pêche industrielle et de ses acteurs, dirigeants comme exécutants. Surexcité par sa performance télévisuelle, il parcourut en tous sens le pont de sa petite embarcation, effectua une danse rituelle synonyme de victoire et revint éteindre le poste de télévision qui en quelques instants avait perdu tout son intérêt.

Les plus grands scientifiques sont aussi de grands enfants, de ceux qui ont conservé suffisamment d’imagination et de créativité pour pouvoir s’affranchir des modèles trop rigoristes qui enferment leurs collègues systématiciens dans les limites de découvertes classiques. Charles Darwin, doté d’une capacité de conceptualisation hors du commun, était, lui même, l’un de ces grands enfants. Et l’état d’excitation dans lequel l’avait plongé sa prestation médiatique et qui aurait fait s’interroger la plupart de ses confrères, trop sérieux, quant à son état de santé mentale, en était la preuve irréfutable.

Big Bang

En ce jour de rentrée, les gradins de l’amphithéâtre dégoulinaient de grappes étudiantes et zélées, agglutinées sur ses bancs bondés, entassées dans ses escaliers surpeuplés. On se poussait, on se pressait, afin de pouvoir jeter un œil. Au cœur de cette foule improbable venue assister à la première représentation du « phénomène », les binoclards assidus côtoyaient sans complexes les membres de l’équipe de hockey. Noyé dans la masse, se trouvait un petit groupe d’irréductibles dont la composition s’affinerait au cours des deux semaines suivantes. D’ici là, les autres auraient déserté ces bancs, découragés et accablés, incapables de supporter un jour de plus le fardeau de travail qu’elle aurait placé sur leurs épaules. Car le phénomène, c’était elle, Akshaya Kaushalya, 45 ans, originaire de la province de Kerala en Inde occidentale et, accessoirement, professeur titulaire d’astrophysique à l’université d’Ottawa. L’événement de la journée, celui qui lui valait toute cette attention, c’était le début du cours magistral, dont le doux nom, « Introduction à la dynamique des galaxies », semblait intimement contradictoire avec le nombre d’étudiants présents. Par souci d’honnêteté, Akshaya devait concéder que cette affluence record n’était probablement pas due à son charme naturel. Il fallait bien l’avouer, elle n’avait jamais mérité l’un des qualificatifs libidineux que ses étudiants mâles abrutis d’hormones utilisaient en ricanant bêtement pour décrire les proportions avantageuses du sexe opposé. En revanche, le prix Nobel de physique qu’elle avait décroché cet été, pour ses travaux sur les origines de l’univers devait expliquer en partie son succès du jour. Tandis que les derniers étudiants prenaient place, elle leva les yeux vers son public puis se lança.

« Bonjour à tous et soyez les bienvenus dans le monde fabuleux de l’astrophysique, un monde constitué de trois éléments : le travail, la souffrance mais, aussi et surtout, la lumière. A ceux d’entre vous qui ne sont pas venus ici en simples touristes, je promets les deux premiers. Pour la dernière, je ne peux malheureusement rien garantir. Nous commencerons dans deux petites minutes la leçon d’aujourd’hui, le temps de permettre à ceux qui ont assouvi leur soif d’événements « people » de débarrasser le plancher. Soyez sympathiques et veuillez laisser les places assises à vos camarades qui s’intéressent réellement à l’astrophysique. S’il y en a dans cet amphi. »

Docilement, la foule des curieux évacua la place qu’elle avait investie un instant plus tôt. En à peine soixante dix secondes, il ne resta plus de la masse originelle qu’un frêle bataillon mal agencé d’une vingtaine d’étudiants. La détermination qu’affichaient certains laisserait bientôt place à la fatigue et Akshaya après un bref examen physionomique crut avoir identifié l’essentiel de sa future escouade d’élite.

« Bien, si certains d’entre vous ont encore un doute, il est toujours temps de faire une croix sur ce cours. Mais faîtes bien attention, une fois que vous aurez passé la première semaine, vous ne pourrez plus faire marche arrière et ceux qui décideront d’abandonner une fois ce délai expiré devront en référer à la tête du département. Et laisser moi vous dire, que ce n’est pas une mince affaire que de traiter avec Monsieur Roy. Si vous n’avez pas de questions, nous allons donc commencer par quelques petits rappels fondamentaux.

Il y a 13,8 milliards d’années, une explosion d’une force incommensurable, créait notre univers. L’impulsion générée par ce phénomène surpuissant est, aujourd’hui encore, le moteur de nos galaxies, une vague titanesque déferlant vers les confins obscurs du cosmos, notre destination finale. Comme le montrent en effet les données recueillies concernant l’expansion de l’univers et le modèle désormais archétypique du Big Rip, notre univers finira de s’aplatir telle une gigantesque pâte à tarte le jour où son énergie initiale se sera dissipée dans un volume encore indéterminé. Rassurez-vous cependant, ni vous ni moi ne serons là pour témoigner de cette fin peu réjouissante, et je vous propose donc d’en revenir au commencement de cette fantastique épopée.

À ce jour, deux théories majeures s’affrontent pour déterminer ce qui fut à l’origine de ce Big Bang. La première, fondée sur les travaux collégiaux de plusieurs scientifiques de la fin du 20ème siècle et développée par le physicien russe Andrei Linde, tend à démontrer que l’énergie du néant et son instabilité auraient pu engendrer le phénomène dans son intégralité. De la matière et de l’antimatière auraient donc été façonnées à partir d’énergie brute. La seconde théorie, développée l’an dernier par notre équipe de recherche ici à Ottawa, soutient que ces mêmes caractéristiques du vide originel, à savoir son énergie et son instabilité, auraient facilité l’ouverture d’un trou de ver entre un univers parallèle et notre néant originel. La matière et l’antimatière se seraient alors écoulée spontanément selon une loi classique de gradient. Pour mieux comprendre cette théorie on peut établir une analogie simpliste avec l’expérience bien connue des vases communicants, l’un étant originellement plein, l’autre vide. Si vous reliez ces deux vases, par un tuyau, le liquide va s’écouler du plus rempli au moins rempli jusqu’à une situation d’équilibre définie par de nombreuses variables. Ainsi, en un mouvement quasiment uniforme, une portion de la masse de notre univers parent se serait écoulée vers notre espace alors figé et l’aurait doté, à la fois, d’un aspect dynamique et d’une dimension temporelle. Notre environnement cosmique serait, selon cette théorie, le résultat du siphonage partiel d’un univers parallèle plus ou moins grand. Passons maintenant, si vous le voulez bien, aux choses sérieuses avec la partie mathématique étayant chacune des deux théories… »

La démonstration assassine qui s’ensuivit, mêlée de physique relativiste, de géométrie dans l’espace et de calcul différentiel ternit les espoirs des plus brillants. Assenée dans sa crudité, elle fit bien du mal au moral de la petite troupe étudiante qu’affrontait en solo l’amiral Kaushalya. Sous un feu nourri d’équations et d’hypothèses, les premières victimes furent moralement exécutées. Puis, après une heure, les hostilités cessèrent enfin, et les survivants purent se regarder dans le blanc des yeux, heureux certes d’avoir échappé à ce premier massacre, mais inquiets de la peur que reflétait chacun de leurs visages. Les morts au champ d’honneur se levèrent en fin de cours et descendirent vers l’estrade pour signifier à l’illustre professeur leur capitulation. A quoi bon continuer pour eux qui n’étaient plus que des cadavres ? Quand il se furent esquivés, tous honteux de leur médiocre prestation, un autre étudiant rejoignit l’estrade sur laquelle elle trônait, plutôt fière de son premier bilan.

C’était l’un de ceux qu’elle avait rapidement exclus de sa courte liste de champions, pour la simple et bonne raison que le jeune homme arborait la veste des Gee Gees, l’équipe de hockey de l’université. Non qu’elle aurait mis en doute ses capacités selon l’assomption simpliste qu’il s’agissait d’un sportif. Elle-même avait connu nombre de brillants esprits attachés à des corps sains et il n’était pas dans ses habitudes d’user de pareils préjuges. Non, honnêtement, la disqualification sans appel de ce candidat n’était que la conséquence logique d’une constatation évidente : il était temporellement impossible, même pour le plus talentueux des aspirants astrophysiciens regroupés ici, de mener de front un entraînement rigoureux et un enseignement plus qu’exigent en termes d’investissement personnel. Et Akshaya doutait que le jeune homme disposât d’un moyen de dilater son emploi du temps dans des proportions telles qu’il eût pu accomplir ce prodige. Ce fut la raison qui la poussa à l’accueillir sèchement alors qu’il atteignait son bureau.

« Vous souhaitez abandonner vous aussi?
-Qu’est-ce qui vous fait penser cela ? La veste de hockey peut-être ?

A cette remarque, le professeur sut immédiatement qu’elle avait, malgré elle, sous estimé son interlocuteur et elle s’empressa de réviser son jugement.

« Non, pas directement.
-Oh, je vois ! Rassurez-vous, j’ai laissé tomber l’entraînement il y a bientôt un an, juste après mon inscription à votre cours.
-Votre intérêt pour l’astrophysique ne remonte donc pas à la semaine dernière ?
-En effet, elle m’accompagne depuis le secondaire, c’est une sorte de marotte, une obsession si vous préférez.
-Une vocation, jeune homme, voilà ce qu’elle doit être si vous souhaitez réussir. Avez-vous entendu l’appel de l’univers? Plaisanta-t-elle.
-Entendu, non. Détecté, serait à mon sens un terme plus judicieux. Si j’avais été capable de percevoir un si bémol situé à cinquante sept octaves sous la note moyenne, je vous aurais peut-être répondu par l’affirmative. Malheureusement je ne suis qu’un vulgaire humain aux capacités auditives limitées.
-Si vous n’êtes pas ici pour rendre les armes, dîtes-moi dont la raison de votre visite, reprit Akshaya en réprimant un sourire.
-Voilà, je voulais vous demander, si vous aviez des lectures à me conseiller au sujet de la dynamique des trous de vers. Et j’aimerais également vous demander une faveur.
-Laquelle?
-J’aimerais que vous m’accueilliez dans votre équipe en tant que stagiaire cet été.
-Cela ne tiendra qu’à vous, nous avons pour coutume d’attribuer cette place fort convoitée au meilleur étudiant de cette classe. Il vous faudra donc la mériter, aux dépens de vos petits camarades.
-Bien, s’il faut en passer par là, c’est la voie que j’emprunterai.
-Je ne peux que vous y encourager, mais je tiens néanmoins à vous rappeler ce que je vous ai promis en début de cours. Du travail, de la souffrance et peut-être, en bout de chemin, la lumière. Cela vaut aussi pour un stage au sein de mon équipe.
-Ne vous en faîtes pas, je l’avais déjà compris.
-C’est toujours cela de pris. Et bien je crois qu’il ne me reste plus qu’une chose à faire, vous souhaiter bonne chance, Monsieur …?
-Colasse. Sébastien, si vous préférez.
-Cela dépendra de vous, lui répéta-t-elle sur un air de défi. Au travail ! »